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La bibliothèque d'Albi de la Révolution au XIXème siècle

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La Révolution française est le point de départ d’une nouvelle phase pour ces collections ; elle marque notamment les débuts de l’accès public aux ouvrages.

Médiathèque d'Albi - RES. ROCH. 12425 - Amorum emblemataVoir l'image en grand Amorum emblemata, page 2, RES. ROCH. 12425

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La Révolution à l’origine de la bibliothèque municipale : décrets du 2 et 4 novembre 1789 et le dépôt littéraire des Carmes

Médiathèque d'Albi - RES. ROCH. 01263Voir l'image en grand Courier de Provence, page 24, RES. ROCH. 01263Les confiscations révolutionnaires sont à l’origine de la bibliothèque d’Albi : comme partout en France, les bibliothèques se trouvent à la fin de l'Ancien Régime surtout dans les établissements religieux : ceux-ci avaient en charge à cette époque l'enseignement et l'éducation des élites. Elles sont confisquées par l’Etat, parce que les révolutionnaires veulent ouvrir toutes ces bibliothèques à l'ensemble de la population, et mettre le savoir à la portée de tous. Les décrets du 2 et 4 novembre 1789 mettent les biens du Clergé à disposition de la Nation. Les ouvrages des bibliothèques de l’archevêché, du collège des jésuites, du Séminaire, du chapitre cathédral et des bibliothèques conventuelles (Cordeliers, Dominicains, Carmes, Capucins) ont été réunis dans l’ancien couvent des Carmes, dans ce qu'on appelait à l'époque un « dépôt littéraire ». Manquent à l'appel les ordres féminins et le Chapitre de Saint-Salvi.

Le 27 août 1790, le rapport de M. Féral officier municipal d'Albi, note : « La Bibliothèque provenant de la libéralité de quelques membres du Chapitre, n'est encore une collection de livres trop peu considérable pour la rendre publique. Cependant, les sommes que le chapitre y a employées depuis neuf ou dix ans et les intentions généreuses de quelques particuliers, soit de l'Eglise, soit de la ville, faisaient espérer que dans peu le public pourrait partager l'utilité de cette bibliothèque pour laquelle le Chapitre avait déjà disposé un bâtiment ». L'ensemble compte 9500 volumes.

Le 24 septembre 1790, le Conseil de district d'Albi émet le vœu qu' « il soit formé dans la ville d'Alby une bibliothèque publique et générale par la réunion de toutes les bibliothèques particulières devenues nationales ». On prévoit qu'il faudra créer une place de bibliothécaire « avec des appointements modérés mais suffisants » et trouver une salle commode pour cette bibliothèque. Ce vœu remonte à l'Assemblée, mais rien ne se passe.

Au début des années 1790, d’autres décrets sont pris, pour que des officiers municipaux fassent des inventaires de ces bibliothèques fraîchement acquises. Au tout début de l’année 1791, des officiers bibliographes commencent à procéder à l’inventaire des 10 853 volumes imprimés et 128 manuscrits. Pour répondre correctement aux besoins, Jean-François Massol (ancien archiviste du diocèse) demande au chanoine Jérôme Artaud de réaliser cette mission. Pendant 15 mois, J. Artaud et son aide s'attellent à cette tâche, et envoient à Paris en octobre 1792 les fiches (sur des cartes à jouer !) des quelque 12037 volumes, classent et rangent tous les volumes entreposés au couvent des Carmes jusqu'en 1795, laissant de côté les plus abîmés. Artaud a également constitué le catalogue de chacun des fonds sur des cahiers séparés. A la fin de 1792, le travail est continué par divers prêtres institutionnels appartenant à l'entourage de l'évêque. Il s'agit alors d'inventorier les livres saisis chez les prêtres insermentés ou chez les émigrés. On répertorie les livres, mais on les trie aussi, pour mettre de côté ceux qui sont trop abîmés ou trop incomplets.

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L'ouverture au public et la création de la bibliothèque municipale

Médiathèque d'Albi - CA 0166 - Portrait MassolVoir l'image en grand Description du département du Tarn, portrait en frontispice, CA 0166En 1796, l'Ecole centrale du Département du Tarn est créée à Albi. Massol, qui a été en 1795 nommé conservateur du dépôt, s’attache, dans un premier temps, à mettre les ouvrages confisqués à la disposition des professeurs et des élèves. En 1797, la bibliothèque, installée dans une salle de l'archevêché, est ouverte au public et à la population albigeoise. J.-F. Massol, payé par l’Etat, entreprend de trier les ouvrages « qui seront utiles », et met en place une nouvelle classification qui rompt avec la tradition de l’Ancien Régime. Ainsi, il retient 9 000 volumes, 128 manuscrits ; plus de 1 000 volumes de doubles sont mis de côté. Massol identifie rapidement les lacunes des fonds présents et, parallèlement à un catalogue qu’il dresse pour les lecteurs (et pour l'administration centrale qui cherche, tout au long du XIXème siècle, à obtenir un état précis des bibliothèques), il construit une liste de souhaits, également encouragé par les directives officielles qui incitent à alimenter les bibliothèques des Ecoles centrales. Pour enrichir la bibliothèque, il a recours à deux méthodes. D'une part, il obtient en 1797 le retour à Albi d'une partie de la bibliothèque du cardinal de Bernis (28 caisses de livres). D'autre part, il s'applique à échanger des livres, ce qui lui permet d'écouler les doubles. En outre, il fit transférer la bibliothèque du couvent des Carmes aux bâtiments de l'archevêché.

En 1803, le cadre législatif change : à la suppression des Ecoles centrales, la bibliothèque municipale d'Albi est créée, et Massol est confirmé à son poste en 1804. L'Etat, toujours propriétaire des fonds, crée des obligations nouvelles pour les villes. Le bibliothèque est alors ouverte au public quatre jours par semaine et connaît une belle affluence, par rapport à d’autres villes (en 1813, Massol dit accueillir 20 à 25 lecteurs par jour). Ce sont surtout des étudiants, des professeurs, des magistrats, des avocats, des « artisans industrieux ». Le prêt est pratiqué, mais réservé à une élite de juristes, de professeurs, d'administrateurs et « hommes bien connus ». Pour répondre aux besoins spécifiques de son public, le bibliothécaire adapte l’offre d'ouvrages, pratique beaucoup les échanges, avec des libraires et des particuliers (Rochegude et Mariès) et vend, après 1805, au bibliophile toulousain Mac Carthy une douzaine de manuscrits médiévaux enluminés, pour « pouvoir acheter des livres plus utiles ». Parmi ces manuscrits, on peut citer un manuscrit du XIIIème siècle ayant appartenu à Jean, duc de Berry, et le pontifical de l’évêque de Metz Renaud de Bar, le plus beau manuscrit lorrain du XIVème siècle. Ces échanges seront reprochés à Massol à la Restauration en 1815, mais il se défendra en assurant qu'il avait les autorisations... En revanche, Massol a très efficacement sauvegardé la bibliothèque d'Albi contre Prunelle qui avait autorisation du ministre Chaptal pour prélever les bibliothèques de province pour l'Ecole de médecine de Montpellier (les bibliothèques de Lavaur et de Castres, elles, malgré les efforts de Massol, se sont fait prélever de nombreux documents …). En 1815, quand Massol est démis de ses fonctions par la Restauration, la bibliothèque municipale est riche de 150 manuscrits.

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La bibliothèque au XIXème siècle

La bibliothèque municipale

Médiathèque d'Albi - RES MS D 489 - Plan MarièsVoir l'image en grand Plan Mariès, carte n°1, RES MS D 0489Au début du XIXème siècle, les bibliothécaires vont se succéder : M. Papailhau (1816-1818), M. Toulze (1818-1832, ancien prêtre puis instituteur, qui avait assisté Massol à la bibliothèque durant de longues années), le docteur Victor Claude (1832-1881). On a conservé peu d’informations relatives à l'activité jusqu’aux années 1830, mais les fonds n’ont pas beaucoup augmenté : ils s’élevaient à 9 704 volumes en 1814 et à 10 371 en 1834.

Un tournant se produit, quand la loi Guizot survient en 1833, et quand l’Etat prend conscience des lacunes importantes des bibliothèques municipales. À Albi, celles-ci sont toujours les mêmes que celles soulignées par Massol près de quarante ans auparavant. L’Etat envoie quelques ouvrages chaque année, mais ils sont peu nombreux, et presque toujours dans le domaine historique. En 1838, l’Etat change son mode de distribution. En 1839, le statut des bibliothèques change, par ordonnance : l’Etat reste propriétaire des fonds issus des confiscations révolutionnaires ; le maire nomme les bibliothécaires après approbation de son choix par le ministre de l'Instruction publique ; les villes prennent en charge les budgets de fonctionnement et les salaires, et doivent nommer un comité de surveillance et d’achat ; toute aliénation est interdite ; les échanges entre bibliothèques se font sous le contrôle du ministre. L'effort du gouvernement, pendant cette période, est axé surtout sur les manuscrits. La bibliothèque d'Albi figure dans le premier volume du catalogue des manuscrits des bibliothèques publiques de France, imprimé en 1849. Heureusement, elle n’a pas souffert des vols opérés par le célèbre Libri, envoyé dans les bibliothèques pour rédiger le catalogue.

Les horaires d'ouverture de la bibliothèque fluctuent : ils sont élargis en 1843, puis un peu restreints (36 h par semaine, puis 24, puis 30) . Les lecteurs se font moins nombreux : 20 lecteurs par jour en 1834 ; 10 en 1853, sans doute à cause de la médiocrité du bibliothécaire et de la pauvreté des collections. Le nombre des imprimés a un peu augmenté, mais les crédits d’acquisition restent faibles (200 F / an). Le budget total est proche du budget moyen des bibliothèques de France en 1850 (600 F). Pour autant, les besoins sont tellement importants que la mairie est prête à céder en 1843 son plus vieux manuscrit (Ms. 29) pour le remplacer « par des ouvrages utiles aux jeunes étudiants ». Par chance, la mairie renonce à ce projet.

Le principal accroissement est l’achat de la bibliothèque de l'ingénieur Mariès en 1851 par la ville, ce qui représente tout de même 1 658 volumes (collection à la fois littéraire et scientifique), même si le Conseil municipal juge cette acquisition « peu intéressante ». En 1865, face aux carences du bibliothécaire une commission est nommée pour rédiger l’inventaire des ouvrages, et entreprendre des améliorations dans le dépôt. Mais aucune trace de son activité n'a été conservée.

Une idée précise des acquisitions n’est possible qu’à partir de 1870, date des premiers registres d’inventaires conservés. De 1870 à 1874, les acquisitions ne sont que de 75 volumes par an en moyenne. La part des dons de particuliers et des dépôts de l’Etat est considérable. Vers 1880, les acquisitions augmentent, sous l'impulsion du maire Gabriel Soulages (1838-1903, maire d'Albi de 1877 à 1888), qui s’intéresse beaucoup à la bibliothèque. Les acquisitions atteignent une moyenne de 570 volumes par an de 1890 à 1900, et la proportion des achats devient plus importante.

Entre 1890 et 1900, la bibliothèque municipale, suite à la nomination de M. Reboul (1883-1894) comme bibliothécaire, va connaître une belle expansion.

La bibliothèque populaire

Médiathèque d'Albi - CA 0395Voir l'image en grand Catalogue de la bibliothèque populaire, page 1, CA 0395À partir de la IIIe République (1870), le gouvernement cherche à soutenir, autant qu'à surveiller, le réseau de bibliothèques dites populaires, souvent associatives. Albi possédait en 1873 deux bibliothèques de ce type : la "bibliothèque des bons livres", de la société de Saint Vincent de Paul, tenue par des bénévoles, et la "bibliothèque municipale installée à la mairie", qui, malgré son nom, est à l'initiative privée de M. Bertrand, secrétaire de la mairie. Celle-ci, créée en 1872, est très peu fréquentée, et semble n'avoir jamais eu de réelle existence. Le fonds de livres, légué à la ville par M. Bertrand, servira de base à la bibliothèque populaire fondée en 1881 par la municipalité (cette date est relativement tardive par rapport aux autres villes du reste de la France). Le but est de palier le fait que les bibliothèques municipales étaient jugées peu accueillantes pour un public non lettré. La bibliothèque populaire est installée à l'Hôtel de ville. Pour cette nouvelle bibliothèque, le gouvernement demande à la municipalité de nommer un bibliothécaire, rétribué 300 F par an, et de prévoir un budget d'acquisition et de reliure de 100 F. On prévoit pour les deux bibliothèques des horaires différenciés et complémentaires, adaptés aux différents publics (d'un côté, les professeurs, étudiants, inactifs, qui peuvent fréquenter la bibliothèque municipale dans la journée des jours ouvrables ; de l'autre le public « laborieux » et les enfants des écoles, pour qui on prévoit d'abord une ouverture le jeudi et le dimanche de une à quatre heures). Cette bibliothèque ouvre finalement en 1882. Le fonds est constitué, on l'a vu, de la collection de M. Bertrand (1240 volumes), à laquelle viennent s'ajouter des dons divers (notamment 260 volumes offerts par M. Vieules), et une centaine d'ouvrages achetés auprès des éditeurs Hetzel ou Hachette. Des livres sont également transférés de la bibliothèque municipale à la bibliothèque populaire. Le prêt (deux livres par mois) est réservé aux Albigeois sur demande écrite. Le délai de mise à disposition des ouvrages est de 3 à 7 jours. La bibliothèque connaît un certain succès. Si le maire Gabriel Soulages en 1883 regrette dans un rapport que « le plus grand nombre des demandes indique plutôt la récréation que le désir de s'instruire », vers 1894 le règlement indique que la bibliothèque doit développer le goût de la lecture en procurant aux Albigeois non seulement des livres nécessaires à leur instruction, mais aussi à leur « délassement ». Les acquisitions reflètent cette tendance, et le fonds de romans double en moins de 10 ans.

La bibliothèque Rochegude

Médiathèque d'Albi - RES. ROCH. 12426 - Les ProphétiesVoir l'image en grand Les Prophéties, page de titre, RES. ROCH. 12426Les collections s’accroissent tout au long du XIXème, mais c’est en 1884 que se produit un événement essentiel : la ville prend possession de la bibliothèque exceptionnelle que l’amiral Henri- Paschal de Rochegude lui avait léguée dès 1826, avec réserve d’usufruit pour sa nièce, dans l’hôtel particulier de Rochegude également légué à la ville. Malgré des tentatives, il n'avait pas été possible d'obtenir du vivant de la nièce, la comtesse de Saint-Juéry, un accord pour que la bibliothèque de l'amiral soit ouverte au public. Ce n'est donc qu'en avril 1892 que la bibliothèque ouvre ses portes au public.

La collection est un véritable musée du livre ; on y compte 109 manuscrits et 12 493 volumes, 82 gravures et cartes et quelques « liasses » (inventaire général achevé en 1891), le tout sélectionné avec un goût très sûr. Elle s'est constituée au cours des voyages et escales de l'Amiral. Ainsi, en 1780, le savant marin espagnol Antonio de Ulloa lui a offert 2 exemplaires de son étude : El eclipse de sol. Par ailleurs, entre deux voyages, il assiste aux ventes des livres, dont celle de M. de La Vallière en 1783, et c'est ainsi qu’il achète la célèbre édition des Prophéties de Nostradamus, connue aujourd’hui en trois exemplaires dans le monde. Mais c’est à partir de son séjour à Paris comme représentant du Tarn à l'Assemblée Constituante, à la Convention et au Conseil des Cinq-Cents, que Rochegude a développé sa passion et constitué vraiment sa bibliothèque. Il s'est attaché à toujours se procurer les meilleures éditions, les plus complètes, à la typographie soignée. Encyclopédique, sa bibliothèque reflète aussi sa personnalité et sa vie : le marin, le voyageur, l’Albigeois, l’homme politique, le philologue, le lettré, le collectionneur et le curieux. On compte plus de 350 titres de géographie, de voyages ou d’art nautique. Le fonds est aussi composé d'éditions locales ou régionales, avec un ensemble important de manuscrits et d’imprimés divers (travaux de ville, liste des Emigrés, liste des députés présents aux séances, commentaires de la Constitution, etc). De plus, fin linguiste, il s'est doté d'une bibliothèque polyglotte avec plus de 800 titres en anglais, 630 en italien, 350 en espagnol et une centaine en langues asiatiques, sans oublier les nombreux ouvrages en langue d'oc, provençal ou gascon. Cependant, il avait interdit les inventaires de ses biens et de sa bibliothèque, de son vivant ou même après son décès, ou celui de sa nièce : en effet, il possédait de nombreux ouvrages philosophiques ou libertins. Il existe une liste partielle commencée par Rochegude, qui cite les Facétieuses nuits de Straparole, du culte du phallus ou encore L’art de connaître les femmes. Sa nièce fut obligée de laisser expurger sa bibliothèque pour obtenir une sépulture chrétienne pour Rochegude. Pendant un jour et une nuit, des livres ont brûlé !

En 1888, une commission de 9 membres, présidés par le maire Hippolyte Savary (maire de 1888 à 1890), fut chargée d’établir l’inventaire et le classement de collection. La bibliothèque est ouverte quatre heures par jour trois jours par semaine.

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