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Livres à Albi au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime

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La bibliothèque municipale d’Albi, aujourd’hui devenue médiathèque d'agglomération Pierre-Amalric, est classée, c'est-à-dire qu'elle figure parmi les cinquante bibliothèques les plus importantes en France pour leurs fonds patrimoniaux. Elle conserve près de 510 manuscrits, dont, 18 datent d'avant l'an mille, ce qui est très rare, et 19 du Moyen Âge central (XI-XIIIème siècles).

Médiathèque d'Albi - RES ICONO 0001 - Carte de TavernierVoir l'image en grand Carte de Tavernier, frontispice, RES ICONO 0001

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Le scriptorium d'Albi

La fondation de scriptorium date du VIIème siècle. Albi était devenue, en 400, un évêché, et, dès 600, l'évêque Dido met en place un atelier d'écriture, un scriptorium, pour copier et diffuser les textes. Albi va donc jouer désormais un rôle culturel important. Le scriptorium de la cathédrale d'Albi est l'un des centres les plus actifs de l'activité intellectuelle dans l'Occident méridional, dès le VIIème siècle, et de façon magistrale au début du XIIème siècle.

Médiathèque d'Albi - Ms 29 - Mappa mundi d'AlbiVoir l'image en grand La Mappa mundi d'Albi, folio 57 verso, Ms 29Ce sont les fonctions religieuses d'Albi qui en font un centre intellectuel et culturel important. Elle n’accueille certes pas d'écoles brillantes, ni de rhéteurs célèbres, mais elle abrite des scribes habiles à copier et regrouper des textes essentiels, pour aboutir à l'une des collections de manuscrits les plus importants pour l'époque, traduisant l'effort de rénovation de la vie civile, religieuse et économique entrepris par les souverains carolingiens.

Les manuscrits albigeois

La présence de manuscrits très anciens est exceptionnelle dans la France méridionale. Par le nombre et l'intérêt des témoins conservés, la médiathèque Pierre-Amalric d'Albi jouit donc d'un privilège notable. La réforme visant à établir une société chrétienne entreprise par Charlemagne trouva en terre albigeoise un terrain particulièrement favorable. Enseignement de la lecture, de l'écriture, du calcul, du chant, apprentissage d'un latin correct, copie et étude de textes antiques : cette réorganisation de l'enseignement concourt aussi à la poursuite de la christianisation de la société, par la diffusion de la doctrine et le contrôle des fidèles, et l'unification de la liturgie.

Les manuscrits d'Albi peuvent être classés dans trois ensembles : manuscrits liturgiques, manuscrits canoniques - c'est-à-dire de règlements de l'Eglise -, et manuscrits étroitement liés à l'enseignement. On dénote peu de manuscrits de luxe : c'est la caractéristique significative d'une orientation pratique de la production et de l'usage des livres qui distingue cette collection. Plusieurs manuscrits montrent des liens avec des centres septentrionaux, eux-mêmes très proches des centres de pouvoir carolingiens.

Les manuscrits musicaux

Médiathèque d'Albi - Ms 44Voir l'image en grand Antiphonae et responsaria ecclesiastica, folio 85 verso, Ms 44Par ailleurs, la médiathèque conserve un fonds particulièrement riche de notation musicale d’Aquitaine. Tous les manuscrits musicaux conservés à Albi n’ont pas tous été copiés à Albi, mais ils offrent un échantillon de l’écriture musicale en Aquitaine entre le IXème et le XIIIème siècle. On trouve ainsi des hymnes chantées au Xème siècle à Moissac. L'activité poétique et musicale était intense dans les scriptoria de la région, qui possédaient et copiaient des manuscrits liturgiques, des classiques latins et ouvrages destinés à l'enseignement. Le manuscrit le plus remarquable est probablement le Graduel, fin IXème – début Xème siècles, premier témoin des notations aquitaines.

La décoration des manuscrits

Médiathèque d'Albi - Ms 3 - Rotuale albienseVoir l'image en grand Rituale albiense, folio 1 verso, Ms 3Jean Porcher saluait l’émergence dans le Midi d’une « école nationale » de manuscrits à peinture, apte à renouveler les formules décoratives héritées de l’époque carolingienne sans en négliger toutefois les apports fondamentaux, comme les entrelacs (motif omniprésent dans l’enluminure occidentale depuis le VIIème siècle) organisés en nœuds géométriques. Ils ont atteint une certaine perfection où ils magnifiaient cadres et lettrines (forme végétale en Aquitaine) sous l’impulsion de l’archidiacre Sicard au XIIème siècle. Quelques manuscrits viennent de la bibliothèque du chapitre de la cathédrale Sainte-Cécile, mais tout n'y a pas forcément été produit. Il ne faut pas omettre en effet la capacité des hommes à se déplacer, ou oublier que le livre est autant un bien précieux qu’une monnaie d’échange. L'apogée du scriptorium se situe au début du XIIème siècle et cela se traduit par la production de manuscrits liturgiques qui témoignent d’une parfaite maîtrise technique et artistique, avec l’utilisation de parchemin de très bonne qualité, accompagnée d’une mise en page aérée, d'une écriture caroline élégante, ainsi que d’une richesse chromatique des majuscules et initiales ornées. C’est en quelque sorte la naissance du style ornemental albigeois. De ces écritures musicales, et de cette richesse enluminée, la médiathèque en conserve quelques volumes, mais d'autres sont également conservés à Paris, ou à l’étranger.

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Albi, troisième ville de France à accueillir l'imprimerie

Le rôle des évêques

Médiathèque d'Albi - RES inc 71Voir l'image en grand Summa de Casibus Conscientiae, folio 1 recto, RES Inc 71On l'a vu, Albi a hébergé un atelier d'écriture très tôt au Moyen Age, faisant ainsi figure de pionnière ; elle est, près de mille ans plus tard, la troisième ville française à accueillir l’imprimerie, en 1475, après Paris (1470) et Lyon (1473) et juste avant Toulouse (1476). Il y aura au total deux ateliers d’imprimerie à Albi au XVème siècle. Le premier, intitulé, (faute de mieux, puisqu'il est resté anonyme) « atelier de l’Aenas Sylvius », a produit quinze éditions incunables, dont l'une est datée de 1477, et deux autres portent l'indication du lieu d'impression, Albiae (70 exemplaires identifiés aujourd'hui), jusqu'en 1481, date de sa fermeture. Le second atelier est celui de Jean Neumeister qui s’installe entre 1481 et 1483. Cet imprimeur est plus célèbre (il a accompagné notamment Gutenberg) ; il a produit six éditions pour 25 exemplaires aujourd'hui conservés. Il a apporté à Albi les plaques de métal qui avaient servi à l'illustration de l'édition des Meditationes de Turrecremata à Mayence en 1479, ainsi qu'une habileté technique qu'il déploya dans l'impression d'un missel et d'un bréviaire romains. Il imprima aussi un classique latin (Cicéron) et un traité de droit de Jacobo de Paradisio, puis poursuivit son chemin vers Lyon.

La venue de l’imprimerie à Albi ne doit rien au hasard, elle est due à l’activité de personnages importants. Le premier est Jean Jouffroy, évêque d’Albi de 1462 à 1473. C’est un grand personnage, proche de Louis XI, c’est avant tout un homme d’humanités, et, avec le rôle qu'il a joué pour Louis XI à Rome, il baigne dans la Renaissance italienne. Homme de très grande culture, écrivain, orateur, poète et humaniste, il est réputé pour se servir dans les bibliothèques qu'il visite lors de ses voyages et ambassades, et se constitue ainsi de superbes collections. Il la lègue à son neveu Hélion Jouffroy, (mort en 1529) ; c'est alors que celle-ci prend une très grande envergure. C’est d’ailleurs aussi Hélion qui joue un rôle dans la venue de l’imprimerie à Albi. Il semble assuré que la venue à Albi de deux imprimeurs ne soit pas le fruit du hasard, mais la réponse à une demande, peut-être d'Hélion Jouffroy lui-même, en tout cas d'ecclésiastiques. Jean Jouffroy a été en contact direct avec Guillaume Fichet lui-même, l'introducteur de l'imprimerie en France, et dès 1470. Il est également en lien avec le cardinal Bessarion dont le rôle est primordial dans l'activité du premier atelier typographique parisien. Il faut noter également qu'Hélion Jouffroy a possédé dans sa bibliothèque plusieurs exemplaires du bréviaire romain imprimé à Albi, et d'autres titres proches des autres impressions sorties des presses albigeoises.

Médiathèque d'Albi - Ms 17Voir l'image en grand Adversus vituperatores vitae monasticae, folio 12 verso 13 recto, Ms 17Louis Ier d’Amboise était évêque d'Albi de 1474 à 1503, donc au moment même de l'introduction de l'imprimerie à Albi. Cette période correspond également avec la période de plus grande faveur de l'évêque auprès du roi Louis XI, qui en fait son principal représentant dans le Midi. Il lui succède comme chancelier de l’Ordre de Saint-Michel ; il est surtout connu pour son apport artistique. Il transforme la cathédrale Sainte-Cécile en la décorant d'un splendide choeur richement sculpté (1475-1484) et orné d'un mobilier tout aussi somptueux, provoque l'achèvement du clocher entre 1485 et 1493, et fait peindre l'immense Jugement dernier peu avant 1500. Il fait pour cela venir à Albi quelques grands artistes (Antoine Le Moiturier, Michel Colombe). Cependant, Louis d'Amboise n'est pas particulièrement connu pour avoir entretenu des liens avec des milieux humanistes. Il lègue sa bibliothèque au chapitre de la cathédrale Sainte-Cécile en 1485, mais l'importance de celle-ci reste très médiocre. Après la disgrâce de Louis d'Amboise à la suite de la mort de Louis XI en 1483, les ateliers d'imprimerie ont cessé toute activité à Albi.

L'atelier de l'Aenas Sylvius

Médiathèque d'Albi - CA 0157 - Dictionnaire de P. DelbrunVoir l'image en grand Dictionnaire de Pierre Delbrun, page de titre, CA 0157L'atelier de l'Aenas Sylvius eut une production assez diversifiée d'ouvrages juridiques, traités de doctrine ou recueils de jurisprudence, de quelques éditions humanistes, et d'ouvrages destinés à la formation ou à la réformation du clergé. Comme les premiers ateliers d'imprimerie parisiens, l'atelier albigeois a employé des caractères romains, et publié un très court traité d'orthographe latine.

La fin des premiers imprimeurs albigeois

Mais l'imprimerie à Albi reposait trop sur la commande. La « politique éditoriale » était assumée par les cadres ecclésiastiques, l'évêque et son entourage, qui réussirent à fixer un temps des ateliers qui leur fournissaient, à eux, au clergé de base et aux fidèles dont ils avaient la charge, les livres de référence, de formation et de méditation dont ils avaient besoin. En outre, Albi était bien placée sur les itinéraires suivis par les marchands, les étudiants, clercs ou laïcs, les justiciables, entre l'Auvergne, Lyon, Toulouse et l'Espagne. Cela assura des débouchés aux livres imprimés à Albi en un premier temps, mais ne suffit pas pour maintenir durablement une activité qui fut captée par de véritables entreprises commerciales d'édition et de librairie. Dans la dernière période de son épiscopat, Louis d'Amboise eut recours aux services d'une imprimerie lyonnaise pour l'édition des statuts synodaux et d'un confessionnal. Ses successeurs s'adressèrent à des libraires lyonnais, auvergnats ou toulousains.

Après 1483, il n'y a plus d'imprimerie à Albi, et ce, jusqu'en 1670 et François Patron. Les clients albigeois ont donc dû se tourner vers les imprimeurs de Toulouse, Lyon ou encore Limoges.

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Les bibliothèques ecclésiastiques au Moyen Age et sous l'Ancien Régime

On le sait, pendant tout le Moyen Âge, la production écrite intellectuelle, théologique et littéraire se situe dans le cadre religieux, de manière exclusive avant l'an mille, et de façon prépondérante ensuite jusqu'à la fin du Moyen Age. De l’enseignement à la copie, la connaissance et le savoir écrits se diffusent essentiellement par l’activité des hommes d’Eglise. Les bibliothèques albigeoises qui sont présentes à l’époque médiévale sont donc inscrites dans ce cadre.

Médiathèque d'Albi - Ms 29 - Mappa mundi d'AlbiVoir l'image en grand Mappa mundi d'Albi, page de garde volante, Ms 29La création du scriptorium à Albi permet de constituer parallèlement une bibliothèque : celle du chapitre cathédral de Sainte-Cécile. C'est principalement de cette collection que proviennent les manuscrits très anciens conservés aujourd'hui à Albi, rédigés de façon certaine dans la cité épiscopale (les manuscrits de l'archidiacre Sicard), ou ailleurs (les manuscrits circulaient plus que ce que l'ont croit au Moyen Age).

En 1790, au moment des confiscations révolutionnaires, la bibliothèque du chapitre cathédral comptait 1860 livres et 124 manuscrits.

Médiathèque d'Albi - Ms 51 - Flores sanctorumVoir l'image en grand Flores sanctorum, page de garde volante, Ms 51Par ailleurs, les ordres religieux qui s'implantent au Moyen Age à Albi témoignent de cette grande vitalité de la vie religieuse et culturelle. Ils constituent également des bibliothèques, importantes pour l'époque.

Les Dominicains (appelés aussi les Frères Prêcheurs), ordre fondé par saint Dominique au XIIIème siècle, sont axés sur des rôles de prédication et de mission. Dès 1275, ils s’installent à Albi, et au moment des confiscations révolutionnaires (1790), leur bibliothèque comptait près de 2414 livres. Elle est surtout riche en livres du XVIème siècle ; ses points forts sont la théologie et l'exégèse médiévale de la philosophie aristotélicienne, mais elle contient également des éditions humanistiques de la littérature gréco-latine et des ouvrages d'histoire. La bibliothèque des Dominicains est une véritable bibliothèque collective, instrument au service de la communauté et constitué par elle.

Les Carmes s’implantent à Albi en 1313 ; au moment des confiscations révolutionnaires, ils conservaient 1112 livres.

Les Capucins, (branche des Franciscains), créés en 1525, s’établissent à Albi en 1584 ; en 1790, ils détenaient 1996 livres et trois manuscrits.

Citons aussi les bibliothèques des Cordeliers, ordre des Frères mineurs (Franciscains), installés à Albi depuis 1242 (1412 livres en 1790), celle du Séminaire, fondé en 1679 par l'archevêque Hyacinthe Serroni, (1000 livres en 1790), et celle du Collège, confié aux Jésuites par l'évêque Alphonse II Delbene en 1623 (32 livres en 1790).

Médiathèque d'Albi - Ms 27Voir l'image en grand Summae divi Thomae de Aquino, folio 1, Ms 27Il faut encore compter la bibliothèque de l’Archevêque. Elle compte, à la Révolution française, près de 1059 livres et quatre manuscrits, elle s’est formée par la juxtaposition des apports réalisés par les différents évêques. En effet, cette pratique, qui reçut une forme d’institutionnalisation au XVIIème siècle, consistait à laisser pour ses successeurs sa bibliothèque personnelle. C'est le testament de Gaspard Daillon du Lude, mort en 1676 (dernier évêque d'Albi, avant que l'évêché soit érigé en archevêché), qui en donne le départ : « Je donne et lègue ma bibliothèque à mes successeurs évesques pour demeurer à perpétuité dans l'évesché, à la charge q'il y metra un ecclésiastique qui sera tenu de l'ouvrir ladite bibliothèque, laquelle sera plassé dans un lieu propre pour cella ou tous les lundis, mercredis et vendredi de chaque sepmaine depuis midi jusques à quatre heures, affin que les religieux, prêtres, et autres de la Ville ayant la liberté d'y entrer et di estudier sans que pour quelque ocasion que ce soit, il soict permis d'en transporter auqun livre à peine de de révocation et nullité dudit legs et à la charge aussi que mes successeurs y metront tous les ans de livres pour cents equs affin de la rendre complète ». Après celle de Daillon du Lude, la bibliothèque de l'archevêque Hyacinthe Serroni est venue enrichir les collections. Pour l'ensemble, on relève une forte proportions de livres religieux, avec une orientation plus marquée vers l'éloquence, la spiritualité et l'histoire sainte que vers la théologie. On y compte aussi des livres retraçant les goûts personnels de leurs possesseurs : historiens grecs et latins, astronomie et sciences annexes, histoire récente pour Daillon du Lude, et histoire, description de pays lointains, ainsi que astronomie, et médecine pour Hyacinthe Serroni. La bibliothèque du Chapitre et celle de l'Archevêché sont les seules à présenter une « organisation évoluée » (classement méthodique).

Le projet de mettre une bibliothèque publique à la disposition des Albigeois est reprise, après l'évêque Daillon du Lude, à la veille de 1789 par le Chapitre, mais aucune suite n'est donné.

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